L’Église meurt de n’être pas assez proche de la Croix de Jésus

Vendredi 23 août 2013, par Willem Kuypers // Méditations

« Depuis le drame algérien, on m’a souvent demandé : “Que faites-vous là-bas ? Pourquoi est-ce que vous restez ? Secouez donc la poussière de vos sandales ! Rentrez chez vous !” “Chez vous…” Où sommes-nous chez nous ?… Nous sommes là-bas à cause de ce Messie crucifié. (…) À cause de Jésus, parce que c’est lui qui souffre là, dans cette violence qui n’épargne personne, crucifié à nouveau dans la chair de milliers d’innocents. Comme Marie, comme saint Jean, nous sommes là, au pied de la Croix où Jésus meurt, abandonné des siens, raillé par la foule. Est-ce que ce n’est pas essentiel pour un chrétien d’être là, dans les lieux de souffrances, dans les lieux de déréliction, d’abandon ?

Où serait l’Église de Jésus-Christ, elle-même Corps du Christ, si elle n’était pas là d’abord ? Je crois qu’elle meurt de n’être pas assez proche de la Croix de Jésus. Si paradoxal que cela puisse vous paraître, et saint Paul le montre bien, la force, la vitalité, l’espérance, la fécondité chrétienne, la fécondité de l’Église viennent de là. Pas d’ailleurs ni autrement (…) Elle se trompe, l’Église, et elle trompe le monde lorsqu’elle se situe comme une puissance parmi d’autres, comme une organisation, même humanitaire ou comme un mouvement évangélique à grand spectacle. Elle peut briller, elle ne brûle pas du feu de l’amour de Dieu, « fort comme la mort » dit le Cantique des Cantiques (…) Donner sa vie. Cela n’est pas réservé aux martyrs ou du moins, nous sommes peut-être appelés à devenir des martyrs témoins du don gratuit de l’amour, du don gratuit de sa vie ».

(1) Pierre Claverie, o.p., a prononcé cette homélie à Prouilhe en France, berceau de l’ordre dominicain, le 23 juin 1996, peu avant sa mort, à l’occasion de la réunion nationale des Anciens de la Saint-Do d’Alger (troupe scoute à laquelle avait appartenu Pierre Claverie dans sa jeunesse).

P.-S.

Repris du Journal La Croix